Gary Lee Kenny

Cyberportfolios de la Péninsule acadienne

Je réfléchis

23 mars 2007

Une visite qui me fait réfléchir...

Aujourd’hui, nous avons reçu la visite d’étudiantes de l’Université de Moncton. Dans le cadre de leur cours «Ordinateurs à l’école», elles sont venues rencontrer un enseignant pour observer l’intégration de la technologie en salle de classe. C’est toujours intéressant de rencontrer les futurs enseignants et de voir leur réaction en salle de classe, surtout quand tous les élèves ont leur ordinateur portatif.

Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est le travail qu’elles avaient à remettre. Elles devaient faire une entrevue avec l’enseignant, et par la suite, faire une page Web, avec leurs observations en y incluant la vidéo de l’entrevue. Très beau projet en perspective.

Mais là où ça c’est gâté, c’est lorsqu’est venu le temps de travailler sur le montage… Elles nous ont demandées si on avait le logiciel Microsoft Publisher. Évidemment, l’enseignant et moi ne comprenions pas très bien ce que Publisher venait faire là-dedans. Rapidement, elles nous ont expliqué que le travail devait être fait sous format Publisher (obligé par l’enseignante), et enregistré en format Web. Ce travail sera remis et non publié. De plus, les étudiantes n’étaient pas très à l’aise avec ce logiciel et n’avaient pas reçu de formation au préalable.

Évidemment, je me pose des questions! Quelle belle occasion manquée, de montrer aux futurs enseignants de travailler avec un vrai éditeur de page Web. De plus, pourquoi ne pas publier ces travaux. Je ne vois pas la pertinence de demandé la remise d’un travail sous format Web, si les étudiants ne peuvent utiliser l’outil voulu et avoir la chance de publier leurs travaux!

Lorsque l’on parle des TIC en salle de classe, les gens ont souvent tendance à dire que les enseignants qui ont plusieurs années en enseignement, ont de la difficulté à intégrer les nouvelles technologies. Pourtant, plusieurs nouveaux diplômés du baccalauréat en Éducation, ont beaucoup de difficulté avec les TIC lors de leur arrivé dans le vrai monde de l’Éducation. La journée d’aujourd’hui me fait grandement réfléchir à la formation que l’on donne à ces étudiants. Au niveau de l’intégration des TIC, je me demande si les cours universitaire aideront vraiment les futurs enseignants à devenir des leaders de l’utilisation des nouvelles technologies dans les écoles.

La discussion

1

« le travail devait être fait sous format Publisher (obligé par l’enseignante), et enregistré en format Web »

Aberrant! Il ne faut vraiment pas être au courant des services Web en formats neutres pour exiger cela. Et ce n'est certainement comme cela qu'on va apprendre aux futurs enseignants à diversifier leur utilisation des nouvelles technologies.

Écrit par François Guité le 24 mars 2007
2

Bonjour Gary,

Je pense qu'il ne faut pas croire que le socioconstructivisme et la culture de réseau est appliqué à l'Université.

Je pense aussi, suite à ton témoignage que bien des universitaires ont peur du plagiat et de se retrouver avec les même travaux à chaque trimestre!

J'ai aussi l'impression que pour certains universitaires, les TIC sont une mode et qu'ils ont bien hâte qu'elle passe.

Ils ne voient pas du tout le potentiel que peuvent offrir les technologies dans un contexte socioconstructiviste. Dans bien des campus, nous sommes encore au XXe siècle.

Le beau côté de la chose: Beaucoup de travail en perspective... :-)

Martin

Écrit par Martin Bérubé le 24 mars 2007
3

C'est vrai que ce n'est pas très cohérent comme approche. Les étudiants universitaires devraient vraiment avoir des cours obligatoires sur l'application des technologies éducatives en salle de classe. En entrant dans le système, ils ont tellement à faire avec les différents programmes et les différents niveaux que les technologies se placent plus loin dans les priorités. Par la suite, ils s'installent dans une zone de confort et le changment devient difficile.

Écrit par B.Long le 24 mars 2007
4

Salut Gary

Très intréssant comme observation. "J'étais" un enseignant de ce cours l'an passé et je dois dire qu'il est très difficile de modifier un contenu de cours universitaire. Les contraintes sont nombreuses et parfois frustrantes. Il faut observer le même format pour tous puisqu'il y a souvent plusieurs profs qui offrent le cours.
Je me suis presque arraché les cheveux en utilisant Publisher comme éditeur de page Web. Je vois que les gens réagissent beaucoup à tes propos et c'est très bien. Bravo Gary!

Écrit par Bernard le 25 mars 2007
5

« En entrant dans le système, ils ont tellement à faire avec les différents programmes et les différents niveaux que les technologies se placent plus loin dans les priorités »

Je suis entièrement d’accord avec cette phrase de Brigitte. Depuis les trois dernières années, nous avons eu, je crois, sept stagiaires et les TIC étaient de l’inconnu, d’un point de vue pédagogique, pour eux. Je trouve dommage que l’Université n’offrent pas de meilleure situation d’apprentissage à ces futurs enseignants. Dans les écoles, on essaie le plus possible d’offrir aux élèves des tâches authentiques et significatives. Malheureusement, l’univers théorique de l’Université passe au côté de belles occasions.

Je comprends ta frustration Bernard… Je crois que je ne pourrais pas enseigner dans un contexte comme celui-là, où l’enseignant ne peut pas décide ce qu’il peut utiliser comme logiciel! On entend trop souvent de la part des nouveaux enseignants qu’ils ne sont pas assez préparés à la réalité des salles de classes. Je n’ai rien contre les Universités, au contraire, mais il temps pour eux de regarder sérieusement ce qui se passe dans les écoles pour former adéquatement les étudiants en éducation. Avec la venue des ordinateurs portatifs pour tous les enseignants, les TIC sont maintenant de plus en plus utilisés dans la salle de classe. C’est un point important à prendre en considération.

Écrit par Gary Kenny le 26 mars 2007
6

J'aimerais réagir à ce propos de ton dernier commentaire:
"Avec la venue des ordinateurs portatifs pour tous les enseignants, les TIC sont maintenant de plus en plus utilisés dans la salle de classe. C’est un point important à prendre en considération."

Je connais peu ou pas la réalité des universités au Nouveau-Brunswick. Par contre, je me suis déjà fait répondre par une prof d'université qu'il voulait se donner un droit de réserve et observer ce qui se passe dans les écoles. J'ai l'impression que pour les universitaires, le phénomène est marginal. Ils vont s'y intéressé lorsqu'il y aura une standardisation du phénomène.

Donc, nous sommes les pionniers d'un nouveau monde et l'on nous observe de temps en temps en temps. Lorsque la pratique sera généralisé, l'université daignera posé un regard objectif sur nos pratiques. Je l'ai déjà écrit: Nous inventons un nouveau modèle de prof! Nous sommes donc 10 ou 15 ans en avance sur notre temps! Mais, ce sont nos pratiques qui seront analysées et enseignées dans 20 ans!

C'est triste, mais selon moi, c'est la réalité.

Ce que je sais par contre, c'est que nous mettons en oeuvre une vision à laquelle nous adhérons tous. Persévérons!

Écrit par Martin Bérubé le 26 mars 2007
7

Bonjour Gary!
Ton message m'a beaucoup fait réfléchir. J'ai été, moi aussi, une étudiante dans ce cours l'an passé et je peux te confirmer que j'ai plus apris avec toi comme mentor en informatique dans mon école que toute la matière que l'on a vu reliée à l'informatique lors des mes cinq années à l'université. Je pense qu'il est important de se demander l'importance de la pertinence de certains travaux. Même si j'ai bien adoré l'Université, je ne suis vraiment pas certaine d'avoir été bien préparé au poste qui m'attendait cette année: soit enseignante à temps plein dans une école où les projets portables existaient déjà depuis quelques années. J'ai dû aller te voir à quelques reprises afin de faire face à ce grand défi pour une enseignante novice. Je pense qu'il est maintenant temps pour les universités de jeter un coup d'oeil sur nos salles de classes actuelles et leurs différents besoins afin d'adapter leur enseignement...N'est-ce pas cela que nous, enseignants, devons faire chaque jour?

Merci pour tout ton aide Gary!

Écrit par Cynthia St-Coeur le 26 mars 2007
8

Voici quelques réactions suites aux derniers commentaires :

Celui de Martin :

« J'ai l'impression que pour les universitaires, le phénomène est marginal. Ils vont s'y intéresser lorsqu'il y aura une standardisation du phénomène »

Ayant eu la chance de travailler avec quelques didacticiens de l’Université, je crois sincèrement que ceux-ci sont pro TIC. Lors de l’annonce du dernier gouvernement, de fournir un ordinateur portatif à tous les enseignants, ils ont manifesté un intérêt pour que le gouvernement aille plus loin, et en offre aussi aux futurs enseignants. Je crois qu’ils voient l’importance des nouvelles technologies. Mais dans les cours de didactiques, l’accent est évidemment placé sur la matière enseignée. L’intégration des TIC se voit dans un seul cours… Pourtant, l’intégration des TIC doit se faire en relation avec le programme d’étude et non s’enseigner séparément…

Celui de Cynthia :

« J'ai été, moi aussi, une étudiante dans ce cours l'an passé et je peux te confirmer que j'ai plus appris avec toi comme mentor en informatique dans mon école que toute la matière que l'on a vu reliée à l'informatique lors des mes cinq années à l'université »

Je comprends tout à fait cela mais il faut aussi réaliser que nous travaillons dans une école très spéciale. On à la chance d’avoir un mentor à demi temps qui est prêt à aider les enseignants pour l’intégration des TIC. De plus, tous les élèves de la septième et huitième année ont un ordinateur portatif. Cela rend beaucoup plus facile l’intégration. Pour ce qui est du cours les ordinateurs à l’école, c’est une belle initiative. Mais le contenu est-il à jour? C’est ce que je me demande. Un cours sur une période de cinq, je ne crois pas que ça change beaucoup la vision TIC pour les étudiants. Comme je le mentionnais précédemment, la clé, c’est d’intégrer les TIC avec le programme d’étude et non d’en faire un cours à part. C’est sur ce point que les programmes de formations aux enseignants devraient ajuster le tir. Mais combien d’enseignants universitaires peuvent le faire? Cela, c’est une autre discussion!

Écrit par Gary Kenny le 27 mars 2007
9

Bonjour Gary,

Si tu avais à faire des suggestions à l'Université qui forme "vos" enseignants et enseignantes futurs en matière d'intégration et d'utilisation des TIC que lui suggérerais-tu? En d'autres mots, si on voulait changer nos cours de TIC à l'Université afin de mieux préparer votre relève, que devrions-nous faire? Une collaboration entre école et l'Université serait-elle possible?

Écrit par Nicole Lirette-Pitre le 30 janvier 2008
10

Bonjour Nicole,

Je suis content que tu me demandes mon avis sur cette question, mais embêté en même temps… La collaboration entre l’Université et l’école est essentielle, mais pas toujours évidente. Pour ma part, mon apprentissage de l’enseignement s’est fait à l’école, lors de ma première année d’enseignement. Mon utilisation des TIC se limitait à la recherche Internet, qui souvent était très mal structurée et à la présentation de notes de cours sous forme de présentation (et oui, PowerPoint). Je me suis souvent remis en question lors de cette année. Autant sur mon choix de carrière que sur mes pratiques, car je réalisais que j’étais un enseignants que je n’aurais pas aimé avoir comme élève…

Mais j’ai eu la chance d’avoir un collègue de travail qui était mordu des nouvelles technologies. J’ai appris beaucoup grâce à cet enseignant et c’est là que mon apprentissage s’est vraiment fait. Avec des exemples concrets, avec une salle de classe et des élèves, avec une intégration des TIC où les élèves étaient actifs dans leurs apprentissages.

L’expérience que je raconte dans ce billet (utilisation de Publisher pour une page Web) ne m’a pas vraiment surpris. Car on sait que l’adulte est porté à l’enseignement de logiciels. L’adulte, est souvent linéaire et veut que la « recette » soit suivit dans l’ordre. Au lieu de se concentrer sur l’outil, le logiciel, il faut tout d’abord regarder le contexte et choisir l’outil en fonction du contexte.

Dans le cas de ces deux étudiantes, qui devaient faire une entrevue avec l’enseignant, je crois que l’outil « imposé » n’était pas approprié. Pourquoi Publisher et pourquoi une page Web? J’imagine qu’il me manque des informations sur la nature du projet mais… Pour une entrevue, une ballado (podcast) audio ou vidéo aurait peut-être été l’outil approprié. Mais comme adulte, comme enseignant, si on ne connaît pas l’outil, souvent, on le met de côté. Je crois que ce qu’il faut retenir, c’est qu’il est important de présenter différents outils et de laisser une liberté à l’étudiant dans le choix de ceux-ci.

Tu me demandes ce qu’il faudrait changer au cours. Je ne sais pas comment ça fonctionne au juste, mais j’imagine que les différents projets sont déjà mis en place par l’enseignant. Je crois que la flexibilité doit être un aspect majeur. Pourquoi demander à tous les étudiants de faire une entrevue? Certains aimeront ce type de tâche mais pour d’autres, ce sera sûrement pénible. Pourquoi ne pas avoir une collaboration avec un enseignant pour la préparation d’une activité. Cela peut se faire à distance maintenant, les outils sont là! Tous les enseignants ont un ordinateur portatif. La préparation de l’activité devra se faire avec l’enseignant puisque qu’elle serait présentée en salle de classe par l’étudiant, physiquement ou virtuellement (Interwise ou autre système de vidéo conférence). Le Web permet cela maintenant. Et comme la préparation de cet activité serait fait conjointement avec un enseignant et présentée devant de vrais élèves, Cela serait très significatif. Évidemment, je donne une idée rapidement ici…

De plus, je crois que le programme de cinq ans offre un seul cours en relation avec les nouvelles technologies. Comme dans les écoles du Nouveau-Brunswick, l’intégration des TIC ne doit pas se faire à l’intérieur d’un seul cours mais dans tous les cours tout au long de la formation. On retrouve dans tous les programmes d’études, des résultats d’apprentissages transdisciplinaires reliés au TIC. Ces outils sont de plus en plus présents dans les écoles et sont la réalité d’aujourd’hui. Il faut donc, lors de la formation, que les étudiants aient la chance de les utiliser dans la majorité de leurs cours et tout au long de leur formation.

Je crois que les tâches proposées doivent être significatives. Pour ma part, les activités que j’ai préparées lorsque j’étais à l’université n’ont jamais été utilisées dans ma carrière d’enseignant. La raison est simple : le contexte est fort différent. Ce que je faisais dans une salle de classe à l’université ne reflétait pas la réalité d’une salle de classe dans une école. Je ne sais pas si tu te souviens mais j’ai été étudiant au cours « ordinateur à l’école » (est-ce encore le titre du cours?). J’adore les nouvelles technologies, mais dans ce cours, je n’étais pas très motivé. Je me souviens que les tâches et le contexte était peu significatif pour moi…

Je suis heureux que tu aies posé cette question. J’ai donné des réponses rapides ici à une situation qui est assez complexe. Mais je crois qu’il est important de collaborer et travailler ensemble à la formation des ces nouveaux enseignants.

Écrit par Gary Kenny le 31 janvier 2008

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